Regards sur l'architecture et l'aménagement en Bourgogne-Franche-Comté 2018
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Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement
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Les logements du XIXe-XXe construits à proximité des sites industriels

Les typologies de logements construits à proximité des sites industriels apparaissent entre le XIXème et le XXème siècle. Leur création est liée aux bouleversements induits par les révolutions industrielles et les innovations mécaniques. Ces changements concernent principalement la taille des entreprises et l’organisation du travail, l’exode rural et le mode de consommation.

 

Dans un premiers temps (Première révolution industrielle 1780-1800), les entreprises cherchent une main d’œuvre qualifiée, qu’elles vont parfois recruter à l’étranger, c’est le cas, par exemple, des Polonais de la houillère de Ronchamp (70).

 

Dans un second temps (Seconde révolution industrielle 1850-1880), le travail est rationalisé et séquencé de manière à ce que les ouvriers n’aient qu’une tâche à réaliser et n’aient pas besoin d’être qualifiés. Ce système cadencé aboutit au travail sur chaine de montage. Les ouvriers sont payés moins cher et la nouvelle organisation du travail permet de produire plus vite. La vitesse est un élément clef des transformations économiques et sociales des pays industrialisés. Elle est permise par des réseaux de transports mécanisés qui acheminent main d’œuvre et produits rapidement à travers l’Europe.

Les entreprises ont donc besoin d’une main d’œuvre abondante. Des centaines, parfois des milliers de personnes postulent aux usines, impliquant un exode rural important. Les villes voisines des usines ne sont pas en mesure de loger cette nouvelle population et les nouveaux ouvriers ne sont pas assez riches pour construire leur habitation. Les dirigeants vont alors prendre en charge la construction de logements pour leurs ouvriers. Parfois motivées par des pensées philosophiques ou philanthropiques, ces constructions répondent surtout au besoin évident de tenir à proximité du lieu de travail, les ouvriers, de manière à ce qu’ils soient dans des conditions optimales de production (pas de long trajet le soir et le matin pour regagner son domicile, donc pas de retard et moins de fatigue). Par ailleurs, dans l’histoire du développement industriel, la création de logements peut également être une solution d’intégration d’une population étrangère demandée par l’entreprise pour ses compétences et qu’elle cherche à fidéliser. Ou encore une réponse à un mouvement social d’ouvrier contestant ses conditions de vie et de travail.

 

Ces logements et leur généralisation constituent une avancée sociale considérable pour l’ouvrier en permettant d’accueillir les familles.

 

Ces constructions sont très liées à l’entreprise qui les bâtit. Elles sont proches de l’usine, les rues portent les noms des dirigeants, les sigles de l’entreprise sont apposés sur les maisons. Ces dispositifs lient l’ouvrier à son travail dans ses temps libres, et sont censés l’inciter à avoir une reconnaissance pour le patron qui les loge. Petit à petit, ces logements seront accompagnés d’équipements (économat, école, etc.), et ainsi l’ouvrier pourra vivre en quasi autarcie dans un cadre de vie choisi par son patron.

 

En Franche-Comté, l’économie se développe autour de secteurs d’activités déjà présents avant les révolutions industrielles : le textile, le papier, la mécanique, la mécanique de précision (lunetterie, horlogerie, bijouterie), les objets en bois (jouets, pipes), la quincaillerie (tréfilerie, clouterie, décolletage). Les grandes entreprises naissantes fabriquent d’abord des objets divers et se spécialisent petit à petit sur un secteur d’activité, c’est le cas de l’entreprise Peugeot ou Japy. Le secteur automobile compte un nombre important d’entreprises qui se spécialisent dans la fabrication de certaines pièces de moteur ou d’intérieur. Enfin, la mécanisation de ces activités permet la création d’entreprises de fabrication et de réparation des machines.

 

Pendant ces deux siècles, la construction de logements ouvriers permettra de développer une réflexion architecturale et économique sur l’habitat groupé. Trois variantes de logements sont repérées dans la région : les maisons en bandes, les maisons accolées, les maisons mitoyennes et individuelles.

 

Description :

Volumétrie générale

Les maisons en bandes et les maisons accolées sont des typologies parallélépipédiques, de volume simple et homogène. Ces constructions systématisées ne font pas référence à une identité locale. Elles ne comportent aucune modénature ou autre décor. L’écriture architecturale est basique et réduite à son minimum. En façade on peut donc voir une succession de portes auxquelles sont adjointes une ou deux fenêtres.

Les maisons mitoyennes et individuelles font l’objet d’une recherche architecturale plus poussée et leur volumétrie est plus complexe qu’un parallélépipède.

 

Les maisons en bandes


Gouhenans (70). Base Mérimée IA70000077 © Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine

 

Ce sont des constructions longues de faible hauteur, généralement d’un seul niveau, couvertes d’un toit à deux pans.

 

Elles sont le résultat de l’addition de logements-maisonnettes répétés et mis bout à bout sur une longueur variable, (généralement de 50 m), en fonction du nombre de logements. Le logement (environ 4 à 6 mètres de large) est traversant et se développe perpendiculairement au mur gouttereau, façade principale de la construction.

 


12. Gouhenans (70)


Schéma du principe de multiplication d’un logement-maisonnette, CAUE 25

 

 

 

Les logements se composent d’une cave semi-enterrée, d’un niveau d’habitation et de combles aménageables. Un escalier extérieur dessert l’habitation surélevée, il aboutit sur un modeste perron où se trouve la porte entrée. La porte d’accès à la cave peut être placée sous ce perron, ou sous une fenêtre de l’habitation.

 

 

L’escalier est parfois le seul élément qui sépare l’habitation de la voie. Chaque maison dispose à l’arrière d’un petit jardin.

  

 13. Schéma du principe de

multiplication d’un logement-maisonnette

 

Coupe axonométrique schématique sur une maison en bande avec une cave semi-enterrée, CAUE25

14. Coupe axonométrique schématique sur une maison en bande avec une cave semi-enterrée

 

Les maisons accolées


Cette typologie accole quatre à six logements-maisons, non traversants, identiques. Haute de deux niveaux surélevés par une cave semi-enterrée, elle est couverte d’un toit à deux pans en tuiles.

 

Coupe axonométrique schématique sur une maison en bande avec une cave semi-enterrée, CAUE25

15. Coupe axonométrique schématique sur une maison en bande avec une cave semi-enterrée

 

Le logement s‘organise sur deux niveaux avec un escalier intérieur. Lorsque les constructions sont accolées par quatre, les logements se développent uniquement le long des deux murs gouttereaux (deux portes d’entrées par mur) et les pignons sont aveugles. Lorsqu’elles sont accolées par six, deux autres habitations se développent le long des murs pignons (une porte par pignon).

 

Schéma de principe, CAUE25

16. Schéma de principe

 

 

Les maisons mitoyennes et individuelles

 

La volumétrie de base de ces maisons est un parallélépipède sur deux niveaux généralement surmonté d’une toiture à deux pans. Cette base volumétrique peut être complexifiée  par des décrochés agrandissant le volume principal. Cette complexité se retrouve également en toiture.

Schéma du principe, CAUE25 

17. Schéma du principe

 

Ces maisons plus ou moins modestes se composent au minimum d’une cave semi-enterrée, d’un rez-de-chaussée surélevé de quelques marches auquel on accède par un perron, d’un premier étage et de combles. Le nombre de pièces varie en fonction de l’importance du futur habitant. On trouve généralement un hall, une cuisine, un séjour, plusieurs chambres indépendantes, des commodités.

 

Les maisons mitoyennes sont disposées en symétrie l’une par rapport à l’autre, l’axe étant leur mur mitoyen.

 

Novillars (25). Base Mérimée IA25000592 © Région Franche-Comté, Inventaire du patrimoine L’écriture architecturale de ces maisons perd tout caractère rural et varie d’une cité ouvrière à l’autre en fonction de leur concepteur.

 

Cependant, on observe des récurrences : les deux maisons sont rigoureusement symétriques, le soin apporté à leur construction est plus important que pour les typologies de maisons en bandes ou accolées, des modénatures sont parfois ajoutées. Elles sont, pour certaines cités, réservées à des ouvriers plus qualifiés ou des contremaîtres. Le statut particulier de ces propriétaires est traduit en façade.

 

18. Novillars (25)


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